Édition #08 · 2021
À L'ÉCHELLE
Une étagère claustra qui se monte en nouant des cordes, sans quincaillerie. Lin cultivé et teillé en France, teinture au pastel du Nord, corde d'un cordier français : chaque maillon de la chaîne est nommé.

Construire son chez-soi par des gestes simples
Avant de bâtir des murs de pierre, les humains ont tissé, tressé et noué des enclos, des parois et des toits souples. C’est ce principe d’entrelacement, de structure légère et autoportante, que le projet reprend.
Nouer des cordes pour monter un meuble : le geste est élémentaire, et il rend à l’habitant une prise sur son intérieur que le mobilier livré monté lui a retirée.
Un module aux lignes épurées se multiplie comme un motif, alternant souplesse et rigidité, pour donner tantôt un paravent, tantôt une étagère aux dimensions variables.
L’assemblage plutôt que la forme
Tout au long du projet, l’éco-conception guide les recherches, et elle prend une forme précise : travailler un principe d’assemblage plutôt qu’une forme préétablie.
La conséquence est directe. Les pièces se livrent en kit, s’assemblent et se désassemblent pour s’adapter aux dimensions d’un foyer contemporain, mobile et évolutif. Remplacer une pièce usée ou changer un détail pour se réapproprier l’objet respecte autant la résilience de l’ensemble que la possibilité de tout séparer pour recycler.
Une cartographie de savoir-faire
C’est la partie la mieux documentée du projet, et la plus rare : chaque maillon de la chaîne est nommé.
Le lin vient d’exploitants et de teilleurs d’Île-de-France, chez De Vogèle, et il est travaillé par Safilin et Libeco. Les cordes sont confectionnées par la Société Choletaise de Fabrication. Le bois est européen.
La couleur, enfin, appuie l’ancrage : le lin qui habille la version paravent est teint à la waide, ce « bleu d’Amiens » tiré du pastel, une plante qui pousse dans la région, à côté des cultures de lin.
Le projet en images

Photo : Archives VP1D 
Photo : Archives VP1D
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